Exclusif : Interview de Pascal DE IZAGUIRRE - PDG de Corsair...
2026-06-17 17:45:00
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Marion Hirsch
Le rendez-vous des décideurs du luxe LE RDV DES DÉCIDEURS DU LUXE Le Président-directeur général de Corsair a fait, en pleine pandémie, un pari à deux milliards d'euros pour renouveler toute sa flotte. Pari gagné : l'exercice 2024/2025 affiche un résultat net de 15,2 millions d'euros. Rencontre avec un dirigeant qui refuse un luxe en trompe-l'œil, et veut le rendre accessible à tous. Lorsque je retrouve Pascal de Izaguirre pour un café au St James, je lui demande quel est le secret d'un bon patron dans l'aéronautique. Il me répond du tac au tac : "Dans l'aérien, tout commence par une machine". Chez Corsair, à la tête de laquelle il est arrivé en 2010 après dix-sept ans chez Air France-KLM puis la direction de TUI France, il n'a pourtant pas commencé avec une machine, mais avec une flotte entière. Il évoque presque immédiatement une date : le 24 décembre 2024. Ce jour-là, Corsair a reçu son dernier avion de nouvelle génération, le neuvième, venu compléter une flotte désormais exclusivement composée d'Airbus A330neo. "C'était un beau cadeau de Noël", sourit-il. La formule est légère. Elle contraste avec la solidité du parcours, et avec le courage qu'il a fallu, à sa prise de poste, pour engager un tel virage. Car ce cadeau de Noël marque alors la fin d'un cycle de transformation de plusieurs années. Pendant que l'industrie aérienne tentait simplement de survivre à la pandémie, Corsair faisait un pari audacieux : moderniser intégralement sa flotte. Une décision prise au cœur de la crise. Près de deux milliards d'euros engagés. © Corsair Je lui demande, un brin provocateur, comment on fait passer l'addition en interne. "C'était un pari risqué", reconnaît-il. "Mais aujourd'hui, cela nous donne une longueur d'avance. La compagnie exploite désormais une flotte homogène d'A330neo, parmi les appareils long-courriers les plus récents du marché." Les comptes lui donnent raison. Sur l'exercice 2024/2025, la deuxième compagnie long-courrier française affiche un chiffre d'affaires de 712 millions d'euros, un résultat d'exploitation de 26,4 millions et un résultat net de 15,2 millions - contre 1,1 million un an plus tôt. À l'heure où le baril repart à la hausse après chaque crise et où les enjeux écologiques pèsent sur l'image des compagnies, son pari semble gagné. Sur ce terrain, il a une guerre d'avance. Mais pour Pascal de Izaguirre, l'avion n'est que le point de départ. "Dans une compagnie aérienne, l'avion est l'outil industriel", explique-t-il. "Derrière, il y a tout le reste : le service, l'expérience, la promesse client."  Un engagement fort contre l'illusion facileJ'en profite pour l'interroger sur la nouvelle identité visuelle de Corsair. Il me demande de la qualifier ; je réponds qu'elle me paraît "plus élégante". Il relève le mot avec malice, c'est celui qu'il emploie souvent avec ses équipes, comme un état d'esprit transversal. Il reconnaît une volonté de marque plus statutaire, plus premium. Mais il insiste sur un point essentiel : "Une marque ne peut pas devenir élégante plus vite que la réalité du produit." Il enchaîne : "Ce serait comme lever le rideau d'un théâtre alors que la scène n'est pas prête." Pendant plusieurs années, la compagnie a travaillé les fondamentaux : modernisation de la flotte donc, mais aussi homogénéité des cabines, qualité du service, expérience client. "Ce n'est qu'une fois ces bases installées que la marque a été redessinée", souligne-t-il. "Avant cela, je ne voulais pas que l'on change l'image de Corsair sans que la réalité du produit soit là. Une nouvelle identité n'est pas un point de départ. C'est un aboutissement." Je le challenge, avec complicité, sur l'écart entre les discours et les faits. Je lui raconte qu'il y a quelques semaines, je voyageais en premium sur une grande compagnie européenne. La promesse était séduisante : plus de confort, un service amélioré. Dans les faits, la différence tenait surtout à quelques centimètres supplémentaires et à un plateau-repas légèrement rehaussé. Le siège restait étroit. La lumière, agressive. Le service, mécanique. J'avais eu droit à la file prioritaire à l'aller, mais pas au retour. À un moment, je me suis demandé ce que signifiait encore le mot premium dans l'aérien. Lorsque je lui raconte cette expérience, Pascal de Izaguirre acquiesce immédiatement. "Le client voit tout, aujourd'hui", dit-il. "Les voyageurs sont devenus des experts. Ils comparent. Ils observent. Et ils repèrent immédiatement lorsque la promesse marketing dépasse la réalité." Pour lui, c'est précisément là que se joue la différenciation. L'attention au détail devient essentielle dans un monde où les voyageurs fréquents sont de plus en plus exigeants. La qualité d'une couette. Le design d'une trousse de voyage. La lumière de la cabine. La finesse de la vaisselle. Il raconte par exemple l'introduction de chaussons en classe affaires, née d'une observation toute simple : sur les vols de nuit, les passagers retirent leurs chaussures. "Et quand ils se lèvent, ils marchent en chaussettes." Un détail. Mais c'est exactement ce type de détail qui construit une expérience, et il confie y veiller personnellement, en testant lui-même, avec ses équipes, chaque maillon de la chaîne. LIRE LA SUITE
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