Exclusif : Interview de Franck SORBIER - Couturier - et Olivier PERAULT - Parfumeur -
2026-09-18 14:49:00
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2026-09-18 14:50:38
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Marion Hirsch
Le rendez-vous des décideurs du luxe LE RDV DES DÉCIDEURS DU LUXE De la Haute Couture à la Haute Parfumerie, il n’y a qu’un pas. Le couturier Frank Sorbier et Olivier Perault, parfumeur senior chez Robertet à Grasse, unissent leurs sensibilités au sein de Sorbier Parfums. Une collaboration née d’une amitié de longue date, où les étoffes et les matières premières dialoguent pour donner naissance à une bibliothèque olfactive en plusieurs "Chapitres". Interview croisée. Parlez-nous de la genèse du projet : à quel moment vous êtes-vous dit que vos créations Haute Couture pouvaient également s’exprimer à travers le parfum ?Frank Sorbier - Cette histoire ressemble, avant tout, à un grand livre ouvert. Comme une page blanche, libre d'accueillir toutes les formes de beauté, à naître, à inventer. Pour en parler, j'aurais aimé inventer une langue. Ou peut-être une écriture universelle. Car le parfum est de ces rares langages qui a traversé les siècles et a façonné les civilisations. À la fois rite, à la fois symbole, parfois même expression du pouvoir, d'une culture à l'autre, il change de visage sans jamais perdre son mystère. Je crois que la création commence toujours par un regard. Le monde qui nous entoure demeure ma première source d'inspiration. J'ai toujours pensé que la Haute Couture pouvait être plus qu'un vêtement. Une manière de regarder l'autre, avec humanité et conscience. Le parfum occupait depuis longtemps une place discrète, mais précieuse, dans mon cœur. Il attendait simplement son moment. Les retrouvailles avec Olivier, ainsi que l'amour des beaux parfums qu'Isabelle (Sorbier, ndlr) n'a jamais cessé de partager avec moi, ont transformé cette évidence en réalité. J'ai toujours imaginé le parfum comme l'aboutissement d'une carrière. Je le considère comme un titre de noblesse. Sans doute parce qu'il prolonge la Haute Couture là où le regard s'efface pour laisser place à l'émotion. Une pièce de Haute Couture ne devrait jamais livrer tous ses secrets. Elle suggère davantage qu'elle ne révèle. J'aime que chacun puisse y projeter son propre imaginaire. Il en est de même pour le parfum. Il doit demeurer insaisissable, conserver cette part de mystère où se rencontrent le sortilège et son magicien. La magie est mystérieuse. Le mystère est magique. Olivier Perault, Parfumeur Senior pour Robertet à Grasse - Frank et moi nous connaissons depuis longtemps. Avec le temps, j’ai appris à lire sa sensibilité dans son travail. Je l’ai vu imaginer un thème de défilé comme on suit un fil invisible, construire un récit, se laisser appeler par une étoffe, une texture, une émotion. Je l’ai vu tracer ses silhouettes d’un geste instinctif, presque sans intermédiaire, comme si le trait naissait directement de la pensée. Puis revenir sur chaque ligne, affiner un angle, chercher l’équilibre parfait entre la légèreté du rêve et la rigueur de la construction. Je l’ai vu donner vie à ses créations sur ces mannequins immobiles, sans jambes d’abord, puis habités d’un corps, jusqu’à ce que la matière épouse le mouvement et que tout devienne évidence. À cet instant, il se produit quelque chose de rare : un moment de grâce. En observant Frank, j’ai souvent pensé que nos métiers se ressemblaient plus qu’on ne l’imagine. Les étoffes qui l’inspirent sont pour moi ce que sont les matières premières en parfumerie : des trésors de textures, de nuances et d’émotions. Là où il dessine une silhouette, j’écris une formule. Là où il construit une architecture textile, je compose une architecture olfactive. Nous travaillons tous deux une matière invisible : lui cherche à faire parler le tissu et les corps, moi à faire parler l’odeur et la peau. Comme le couturier assemble les étoffes pour créer une allure, le parfumeur assemble les essences pour créer une présence. Nous cherchons la même chose : provoquer une émotion qui ne s’explique pas entièrement, mais qui se ressent immédiatement. Lorsque ses créations habillent un corps et que les nôtres l’enveloppent d’un sillage, les frontières entre nos univers s’effacent. Finalement, Sorbier Parfums n’est pas né d’une rencontre entre deux disciplines éloignées. Il est né de la découverte qu’elles parlaient déjà le même langage. Nous n’avons fait que construire le pont qui les reliait depuis toujours. Frank Sorbier et Olivier Perault ©Amaury Voslion Chaque parfum est associé à une étoffe emblématique. Comment avez-vous travaillé ensemble pour traduire les sensations d’une matière textile en langage olfactif ?Frank Sorbier - Je me souviens très bien d'un échange avec Olivier. J’avais le souhait de créer quelque chose de complémentaire pour ma collection Haute Couture et sa présentation en juin 2024 : une identité parfumée, une empreinte olfactive pour donner une autre dimension à mon thème de collection "Nuages". Dès les premiers instants, Olivier m'a demandé de lui envoyer la photographie d'un modèle emblématique de cette collection. Il voulait en observer la texture, s'imprégner de son atmosphère, comprendre ce qu'il racontait. C’est à cet instant que j'ai eu le sentiment d'entendre un écho. Comme si la Haute Couture appelait naturellement le parfum, et que chaque collection avait toujours attendu son Chapitre olfactif. La Haute Couture et le parfum avaient, évidemment, rendez-vous depuis longtemps. Cette évidence m'a conduit à rouvrir un dossier que je conservais depuis l'an 2000. Des recherches, des réflexions et études autour du parfum, restées en sommeil pendant toutes ces années, et qui n'attendaient qu’une étincelle. Je reste persuadé que rien de tout cela n'aurait été possible sans notre amitié de longue date, sans la confiance qui nous unit, ni sans nos curiosités respectives. Je ne cherche pas à traduire en parfum une étoffe. Ce qui m’anime c’est le dialogue entre deux mondes, entre les matières. Je cherche à retrouver l'émotion qu'elle fait naître. À partir de là, tout devient possible : les visions deviennent oniriques, les émotions se répondent, l'imaginaire ne connaît plus de frontières. Le parfum peut alors écrire sa propre histoire, sans jamais trahir l’histoire de la Haute Couture. Olivier Perault - Nous avons travaillé comme deux traducteurs de l’émotion. Frank compose avec les étoffes, je compose avec les matières premières, mais nous poursuivons le même souffle. Pourtant, dans la création, tout n’est pas destiné à être expliqué. Nous sommes reliés par autre chose que les mots. Plus nous cherchons à mettre des mots sur certains non-mots, plus nous risquons d’en réduire le mystère et la portée. Il existe des évidences dans notre dialogue créatif. Certaines odeurs possèdent d’emblée une puissance tactile, presque sensuelle. Le velours du Chapitre I est du velours. Je le sais, Frank le sait, et beaucoup le ressentent immédiatement. Mais comment l’expliquer ? Ce n’est pas un manque de vocabulaire, c’est plutôt une invitation à l’écoute. Au fond, la couture habille le corps quand le parfum habille l’invisible. Et c’est précisément dans cet espace silencieux que nos deux arts se rencontrent. © Sorbier Parfums Peut-on imaginer qu’un jour un parfum inspire une collection de Haute Couture, et non plus l’inverse ?Frank Sorbier - Je ne les oppose pas. Je ne crois pas que l’un doive inspirer plus que l’autre, et vice versa. Ils naissent, je l'espère, d'une même quête. Celle d'une émotion, d'un regard porté sur le monde, d'un imaginaire qui cherche la forme la plus juste pour s'exprimer. Parfois cette émotion devient une collection de Haute Couture. Parfois elle devient un parfum. Et il arrive qu'elles cheminent ensemble. Je pourrais imaginer qu'un jour cette quête trouve son point d'orgue dans une pièce en particulier, ou dans un concept inédit né de notre amitié et des liens qui unissent désormais la Maison Sorbier à la Maison Robertet. Olivier Perault - Vous me posez presque une colle avec cette question. Cette aventure est née d’une intuition de Frank. Il m’a invité dans son univers et, au fil des années, je me suis laissé porter par la création pour prolonger, accompagner et parfois transcender son geste artistique. Je n’ai jamais abordé le parfum comme une simple traduction de la couture, mais comme une conversation entre deux formes d’expression. Aujourd’hui, un pont existe entre nos deux disciplines. Nous avons surtout emprunté le chemin qui mène de l’étoffe au parfum, mais pourquoi ne pourrions-nous pas, demain, le parcourir dans l’autre sens ? Un parfum porte en lui des couleurs, des textures, des volumes et même des mouvements. Il peut faire naître des images aussi puissantes qu’un dessin ou qu’un tissu. Alors oui, j’aime l’idée qu’un jour une fragrance puisse inspirer une collection de Haute Couture. Après tout, la création n’a pas vocation à suivre une seule direction. Le pont est construit ; à nous désormais d’imaginer quelles nouvelles traversées il nous offrira. LIRE LA SUITE
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